Affaire Merah, l'affaire de trop pour le président ?
Publié le 27 Mars 2012
Une fois la stupeur passée, les interrogations fusent, nombreuses. Bien évidemment, les langues se délient. Un mot de trop, un mot qui perce le secret imposé, et hop, la presse, Internet s'en emparent et démarre l'investigation. Cette affaire est en fait une accumulation de faits étranges et bizarres. Comme si elle avait été mal ficelée, décidée à la hâte. On ne sait plus très bien qui est vraiment Mohamed Merah, tué de 20 balles dans le corps, tirées de dos, alors qu'il tentait de s'enfuir d'un appartement de 30 M2 investi par une bonne vingtaine de types du RAID, après 32 heures de négociations demeurées secrètes. Humm... ALors qu'il était si facile de planquer au bas de son immeuble et de le cueillir quand il sortait, sans un seul coup de feu. Qu'est-ce qui a pris au gouvernement d'organiser une telle mise en scène ? Car cela ne fait plus aucun doute, il s'agit bien d'une mise en scène. Une mise en scène indigne du RAID qui appartient à la police Nationale.
Mais déjà en avant, je pose encore la question : comment Merah a-t-il su que le mec qui mettait sa moto en vente sur le bon coin était un militaire ? Pourquoi lui ? Pourquoi Merah a-t-il cherché autant de complications, et puis laissé sa trace grâce à son IP qui n'a alors pas été relevé, alors que quatre jours plus tard, il arrosait trois militaires dans la rue ? Ce n'est pas cohérent. Quand à la tuerie de Toulouse, elle n'est à priori que l'effet du hasard. Mais comment se fait-il que Merah soit venu arroser une école juive ? Ce mec si froid, si calculateur, si appliqué, fait n'importe quoi finalement, un peu comme s'il était téléguidé, peut-être pas tout à fait lui-même ce jour-là. Bref. Finalement, à force de vouloir faire du sensationnel, le président semble bien s'être pris les pieds dans le tapis.
Alors maintenant, c'est l'heure des questions. Et cette affaire pourrait bien être celle qui vient à bout de celui qui a cru au contraire s'en servir pour se glorifier.
Yves Bonnet lance les hostilités. Une interview très intéressante, je n'en reproduis qu'une partie et vous invite à vous rendre sur le site de la dépêche pour la suite...
Publié le 27/03/2012 08:32 - Modifié le 27/03/2012 à 09:44 | Propos recueillis par Pierre Challier
Yves Bonnet, ex-patron de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST)
Pour reprendre le mot d'Alain Juppé, y a-t-il eu des « failles » dans l'affaire Mohamed Merah ?
La Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), c'est vrai, connaissait Mohamed Merah. Est-ce pour autant que la DCRI a failli en ne le mettant pas sous surveillance plus importante, plus serrée ? Je ne pense pas qu'il faille aller jusque-là parce que c'est toujours difficile de savoir ce que quelqu'un a l'intention de faire. Je le sais par expérience. De plus, il ne faut jamais oublier que la surveillance d'une personne nécessite des moyens considérables et qu'aujourd'hui, s'il y a une faille, c'est dans la modicité des moyens de nos services de sécurité. Indiscutablement, les moyens qui sont mis à la disposition de la DCRI ne sont pas suffisants pour couvrir la totalité des besoins. Je parle des moyens matériels, mais surtout, humains.
Pourtant, des éléments interpellent. Le 10 septembre 2010, le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, expliquait au Journal du Dimanche qu'il plaçait en tête des menaces du terrorisme islamiste « le Français converti qui se radicalise et monte son opération seul » et les djihadiste français « qui partent en Afghanistan ». Comment expliquer que Merah repéré, la DCRI n'ait pas vu de risque après avoir eu un entretien avec lui, le 14 novembre 2011 ?
Ce qui, personnellement, me paraît poser question, c'est que le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI comme on l'a appris à travers les déclarations de Bernard Squarcini lui-même. C'est-à-dire qu'il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors appelez ça « correspondant », appelez ça « officier traitant »… je ne sais pas jusqu'où allaient ces relations, voire cette « collaboration » avec le service, mais on peut effectivement s'interroger sur ce point.
Pour mettre un mot sur les choses, était-il un indicateur de la DCRI ?
Eh bien voilà… c'est exactement ça le problème. Car ce qui interpelle, quand même, c'est qu'il était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu'il était islamiste, mais parce qu'il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Or avoir un correspondant ce n'est pas tout à fait innocent. Ce n'est pas anodin.
On a évoqué aussi un retard au début de l'enquête. Qu'en pensez-vous ?
Oui, il y a eu du temps perdu par les juges. On aurait dû dès le départ considérer que c'était un acte terroriste. Tuer des militaires gratuitement est un acte terroriste. Mais il faut reconnaître, et c'est malheureux, qu'on s'est moins intéressé aux assassinats de militaires qu'aux assassinats d'enfants. Ce qui est un autre débat. Mais oui, dès le départ, un juge antiterroriste aurait dû être saisi et c'est bien un problème judiciaire, car dès qu'il y a un crime commis, c'est la justice qui intervient.
A ce propos, c'est pourtant Claude Guéant qui a monopolisé les écrans. était-ce le rôle du ministre de l'Intérieur de commenter en direct l'action du Raid ?
Claude Guéant n'avait absolument pas à communiquer. C'est tout à fait clair. Le ministre de l'Intérieur n'a pas à intervenir dans une affaire qui est entre les mains des juges. Non seulement l'autorité administrative n'a pas à interférer sur l'enquête -je rappelle que M. Guéant, tout ministre qu'il soit, n'est pas officier de police judiciaire- mais il a encore moins à commenter le déroulement de l'enquête.
Que pensez-vous de la façon dont a été conduite l'intervention pour interpeller Mohamed Mehra ? Ce choix du siège et de l'assaut plutôt que celui, qui prime habituellement lors des interpellations d'etarras, par exemple : une arrestation discrète, dès que le suspect sort de chez lui ?
A priori, il y a eu un grand temps de latence. Le temps de latence devrait profiter aux professionnels, les plus nombreux, les mieux équipés, les mieux entraînés… Après, sur les données de l'intervention, je m'en remettrai à l'avis de Christian Prouteau, s'il y a un expert en France, c'est bien lui : il est étonné qu'on n'ait pas réussi à le prendre vivant. Il pense qu'on n'a pas utilisé les bons moyens, et qu'on s'est bêtement privé de l'expertise du GIGN, et il faut reconnaître que dans ce genre d'affaire, les plus professionnels, les plus qualifiés et les meilleurs, ce sont les gendarmes du GIGN. Après, pourquoi a-t-on voulu prendre le Raid..? SUITE ICI
Il veut porter plainte contre la France
Rania Slimane
Le père de Mohamed Merah, le tueur au scooter abattu jeudi en France, a décidé de faire inhumer son fils en Algérie, a affirmé lundi à l'AFP Mohamed Benalel Merah. « J'ai décidé d'enterrer, Inchallah, mon fils en Algérie », a déclaré M. Merah à l'AFP. « Son frère Abdelghani m'a appelé pour m'assurer qu'ils font le nécessaire pour le ramener en Algérie.
Mohamed (Merah) a un passeport algérien et est inscrit au consulat de Toulouse depuis sa naissance », a‑t‑il ajouté. Les autorités algériennes ne s’y opposeront pas, « à partir du moment où il est Algérien et qu’il possède le passeport algérien, il a le droit comme tous les Algériens d’être enterré en Algérie », a indiqué à TSA une source autorisée au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.


