Comment fut réactivé le virus de la grippe espagnole !
Publié le 21 Juillet 2009
Ce document date de 2006. Je l'ai trouvé en glanant des infos sur les épidémies dans l'histoire du Monde.
Contre la grippe aviaire la grippe espagnole ?
Le plus meurtrier virus de l'Histoire, celui de la grippe espagnole, a été ressuscité en laboratoire. En l'étudiant, les scientifiques pensent trouver des moyens de se battre contre une éventuelle pandémie de grippe aviaire. Récit d'un Exploit controversé.
Selon la revue Nature du 26 janvier, des équipes américaines, japonaises et suédoises seraient sur le point de trouver une vulnérabilité décisive dans les mécanismes de propagation de la grippe
aviaire. D'autres chercheurs, américains, affirment en même temps dans la revue Science avoir repéré une protéine qui expliquerait la puissance destructrice du tueur. L'encerclement du
redoutable H5N1 doit beaucoup à un exploit scientifique controversé : la résurrection artificielle du virus de la grippe espagnole, qui a tué entre 20 millions et 50 millions d'êtres humains en
1918. A partir de l'automne de 1918, le virus de la grippe espagnole déclenche des inflammations et des hémorragies pulmonaires avec deux conséquences : la mort, quelques heures seulement après
la première fièvre ou un peu plus tard, par infections bactériennes secondaires. Au printemps 1919, la pandémie la plus meurtrière dans l'histoire de l'humanité disparaît aussi soudainement
qu'elle était apparue. Elle est longtemps restée un mystère.
Un sujet de thèse dans un cimetière d'Alaska
En 1950, Johan Hultin, étudiant à l'Université de l'Iowa, cherche un sujet de thèse de doctorat quand il entend un virologiste déclarer que « la seule manière de résoudre cette énigme
scientifique serait de récupérer le virus de 1918 sur le corps d'une de ses victimes ». Johan Hultin se rend à l'extrême pointe de l'Alaska, dans la bourgade de Brevig, dont 72 des 80 habitants
de l'époque ont péri au début du siècle. Il obtient l'autorisation d'exhumer les corps des Eskimos entassés dans la terre gelée d'une fosse commune. Il prélève des échantillons de poumon sur le
cadavre d'une fillette « en robe bleue avec des rubans rouges dans les cheveux ». De retour à l'Université de l'Iowa, il injecte une solution de tissu pulmonaire dans des oeufs de poulet
fertilisés (en effet, les souris, les rats, les furets et les poulets ont une sensibilité particulière aux grippes humaines). La mort d'un de ces animaux aurait prouvé la survie du virus dans
le petit cimetière gelé de l'Alaska. Mais l'expérience échoue et, en 1951, Hultin renonce.
L'armée américaine reprend les recherches
En 1995, c'est un militaire qui reprend les recherches sur le mystère de 1918. Président du Département de pathologie moléculaire de l'Institut de pathologie des forces armées, à Rockville
(Maryland), Jeffery Taubenberger dispose de trois millions d'échantillons de poumons humains dont certains remontent à la guerre de Sécession. A la différence de l'étudiant de l'Iowa
quarante-cinq ans plus tôt, Tautenberger sait que les fragments génétiques du virus grippal sont instables, même dans le froid. En outre, il utilise un matériel plus sophistiqué qui lui permet
de trouver une trace du virus de 1918 dans le poumon d'un soldat. Sa méthode de reconstitution s'annonce prometteuse mais il manque de tissus humains infectés.
« Nous avons le virus de 1918 ! »
En 1997, Johan Hultin, l'étudiant qui avait raté la démonstration en 1951, découvre dans le magazine Science les avancées de Taubenberger. Il le contacte et propose de retourner en Alaska.
L'ancien étudiant est alors âgé de 72 ans. Il trouve à Brevig des poumons intacts, préservés par le froid et par la graisse d'une femme obèse. Dix jours après le retour d'Alaska, Tautenberger
lui téléphone : « Nous avons le virus de 1918 ! »
Son nom : H1N1. Il est l'ancêtre de toutes les épidémies de grippe mortelle, y compris celles de 1957 et de 1968 qui ont fait chacune 700.000 morts. Son héritier direct s'appelle H5N1. C'est la
forme du virus de la grippe aviaire qui commence à tuer en 1997, la même année que le deuxième voyage en Alaska. Pendant dix ans, le pathologiste militaire espionne deux protéines soupçonnées
de rendre extrêmement dangereux les fragments génétiques de l'organisme tueur et aussi d'accélérer sa mutation. Les protéines en question étant ellesmêmes constituées de 4.000 acides aminés,
dont quelques-uns seulement peuvent avoir des comportements pervers, le seul moyen de les prendre en flagrant délit est de remonter très loin dans les structures intimes de la vie. Ce que
permet le décodage du génome humain depuis le début des années 2000.
Génétiquement reconstitué en 2005
Le 6 octobre 2005, le code génétique du virus de 1918 est entièrement reconstitué. Le monstre biologique est ramené à la vie au Centre de prévention des épidémies d'Atlanta, un organisme soumis
aux règles de sécurité intérieure du Patriot Act (*) sous le contrôle du ministère américain de la Justice. La preuve : les souris contaminées en août de la même année par le chercheur Terrence
Tumpey sont mortes du même mal que les habitants d'Alaska, 87 ans plus tôt. Cette résurrection est une opération scientifique sans précédent. Elle est l'oeuvre du Centre de pathologie
moléculaire des forces armées américaines, du Centre de prévention des épidémies à Atlanta, d'une équipe de spécialistes de la grippe à l'Ecole de médecine du Mont Sinaï à New York et d'une
université suédoise.
Course de vitesse contre le H5N1
Aujourd'hui, toutes les forces scientifiques de la planète engagées dans une course de vitesse contre le H5N1 ont à leur disposition la structure biologique complète de son ancêtre direct. Les
savants harcèlent le monstre génétique dans trois directions. Les uns essaient de le surprendre au moment où il organise, de manière systématique, ses fragments génétiques, juste avant
l'attaque d'une cellule. D'autres, agissant plus en profondeur, isolent les acides aminés qui rendent les protéines extraordinairement vicieuses, imprévisibles. D'autres alignent, sur le papier
pour l'instant, des projets de contaminations contrôlées. A ceux qui s'inquiètent des risques que comportent de tels scénarios avec un agent massivement mortel et hautement transmissible, les
chercheurs répondent que le seul moyen d'en finir est de tout savoir de son comportement.
* Loi antiterroriste votée après les attentats du 11-Septembre.
- Alain Joannès - 04/02/2006