La société, c'est nous qui la faisons !

Publié le 28 Juin 2012

 

Bonjour,

 

Une réflexion qui me vient comme ça, après être allée voir le film "Margin call". D'ailleurs au passage, je recommande de voir ce film. Même si on ne pige rien à l'univers boursier. L'intrigue boursière bien qu'elle soit la ligne conductrice du film n'est pas le sujet principal. Elle met des gens au pied du mur, elle révèle des personnalités face à un crash boursier représenté comme une fin du monde.

http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/76/31/19860753.jpgLe synopsis : Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…

C'est un huit clos en fait. Et c'est palpitant. Pas de gros effets hollywodiens, nous sommes vraiment plongés dans une réalité froide, cruelle. Cela me rappelle un peu le film Cube. Pour sauver ta peau, tu dois sacrifier celle des autres. Là, c'est une histoire de pognon. A un moment, il y a une scène avec entre un des chefs de file et un jeunot aux dents très très longues. Tant qu'il ne se sentait pas en danger, celui-ci n'avait aucun état d'âme. Et puis à la fin de la nuit, il apprend qu'il va être viré parce qu'il est au bas de l'échelle mais avant, on lui demande de ruiner des gens pour permettre à sa société de survivre. En contrepartie, il touchera un petit magot. Et là, soudain, il a des scrupules. Et le chef lui répond en substances : Tu n'as pas avoir de scrupules. Les gens qu'on ruine, c'est parce qu'ils le veulent bien. Ces gens ne veulent pas savoir d'où vient l'argent, ils se foutent de ce qu'on peut faire pour le leur procurer, comment il fructifie, qui on condamne, ils veulent des résultats, point barre. Ils veulent s'acheter des maisons, de voitures alors qu'ils n'ont pas le fric pour. Ils misent. Un jour, c'est eux qui sont broyés. C'est un jeu. Le jour où ça va mal, ils vont pousser les hauts cris et te montrer du doigt, mais c'est juste parce qu'ils n'ont plus de pognon et non pas parce qu'il leur est poussé des états d'âme !

Voilà. Et bien j'ai l'impression qu'on peut élargir la réflexion à tout le monde. Les gens que veulent-ils ? Vous, moi, nous tous ! A part quelques exceptions, quelque sainteté et encore, nous voulons que les choses se passent bien pour nous, nous seul. Nous voulons profiter du pactole, nous payer des trucs à ne plus savoir qu'en faire. Nous voulons amasser, accumuler, se dire qu'on est en sécurité. Peu importe la manière dont les banques gagnent le fric, du moment qu'elles sont à même de nous proposer des crédits.

http://farm9.staticflickr.com/8022/7457489776_6f8dce7295_b.jpgEt finalement, c'est nous qui avons forcé le système à être ce qu'il est et non le contraire. Il nous faut toujours plus, alors les banques, les marchés cherchent les moyens de faire plus de blé. Et nous demandons encore plus. Nous poussons la machine, elle passe au rouge, mais peu importe. Nous avançons, aveugles et sourds, les yeux rivés sur notre petit nombril. Nous voulons tout ! Avantages sociaux, routes, services, retraite, vie douce. Peu importe si nous tuons la poule aux oeufs d'or. Nous sommes trop avides pour nous arrêter de vouloir plus. Nous courons à notre perte, c'est certain mais même le fait de le savoir ne nous arrêtera pas. Sarkozy le savait. Formaté ainsi, il a sorti le "travailler plus pour gagner plus". Et nous avons juste enregistré le "PLUS", car le moins nous fait peur. Sarkozy, nous ne l'avons pas élu pour rien. Il est nous ! Seulement se voir en face, ça fait mal, surtout avec autant de travers. Cette caricature du nous, du moi, nous est apparu comme une agression, une menace. Alors on l'a éliminé et pendant un moment, on se croit touché par la grâce divine parce qu'on ne se voit plus. On essaie de se donner bonne conscience mais bientôt, on va reprocher aux socialos de ne pas nous faire rêver. On veut plus, plus, plus ! A la limite, que la France se renfloue en vendant des armes, en faisant travailler des gamins, en asservissant des peuples, on s'en fout. Nous ce qu'on veut, c'est TOUT !

Essayez d'aller voir ce film. Il y a vraiment des enseignements à en tirer. Bonne journée.

Rédigé par plume de cib

Publié dans #SOCIETE

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Roland 16/07/2012 10:30


Dans le domaine de la "sécurité" aussi on est compplices des abominations qu'après on nous fait tomber sur le dos, il fallait pas leur leur donner la main dès le début ("vi kreis min per via
silenta konsento" dit le groupe La Pafklik dans une de ses chansons). Il ne faut jamais consentir, souvenez-vous de ce qui est arrivé aux Allemands de 1933 pour avoir consenti. Or il y a de
terribles menaces qui s'accumulent, tel le projet INDECT, que François Asselineau fut le premier à dénoncer :


http://www.dailymotion.com/video/xs6njp_l-effroyable-projet-indect_news

Jean-Pierre 28/06/2012 21:33


Wouaouuuuuu très bonne annalyse comme j'aime les lire, faut pas croire que s'est toujours la faute des autres, nous sommes forcement et obligatoirement à l'origine de ce que nous vivons. Nos
choix, nos résonnances dessinent notre future, il faut tout simplement se reveiller et dire NON.


J'adore te lire ma chère Plume


Bises

plume de cib 28/06/2012 23:42



ah merci Jean-Pierre. J'ai effectivement l'impression que nous sommes à l'origine de tout et pas du tout comme on s'amuse à le croire étrangers qui subissent. Il serait vraiment temps d'en
prendre conscience. Mais j'ai bien peur que ça fasse beaucoup trop peur justement. Bises à toi....



sylvie 28/06/2012 12:33


Coucou ma Cib !


"Margin call"… en langage boursier,
c'est un appel de marge, surtout pratiqué pour les achats à découvert. En gros, tu te portes acquéreur alors que tu n'as pas l'argent, en t'engageant à acheter à telle date telles actions à tel
prix. Le but étant, juste avant de prendre livraison de tes actions à la date convenue, de les refourguer en faisant un bénéfice. Donc, t'as rien fichu, rien payé (à part un petit dépôt de
garantie) et tu espères toucher le pactole. Mais il arrive qu'entre temps, le cours de l'action monte, et on te demandera un appel de marge, pour maintenir ton dépôt de garantie à proportion de
la nouvelle valeur des actions convoitées. Et là tu dois payer, cash… Le must, c'est quand tu as bien répondu à ces appels de marge, et que le cours de l'action se casse la gueule juste quand tu
en prends livraison. Et que tu ne peux plus les revendre qu'à perte car de toute façon, t'as pas le fric pour payer ! On pourrait faire un parrallèle avec pas mal de chose… comme les Conti, qui
avaient accepté une augmentation de leur temps de travail sans augmentation de salaire pour sauver leurs emplois. Moralité pas morale : 3 ans après, tous licenciés. Pour couvrir leur position,
ils ont en quelque sorte accepté "un appel de marge", et au final ont tout perdu. Continental se porte bien, ailleurs, et a pu profiter de ses heures gratuites pendant trois ans pour augmenter sa
productivité, son bénéfice, et les dividendes versées aux actionnaires.


Bises !

plume de cib 28/06/2012 13:25



ouah merci Sylvie. Tu  me parles presque chinois et je dois relire ton explication plusieurs fois. Ma tête est dure pour ce genre de raisonnement boursier. Dans le film, il est effectivement
question de vendre des actions dont on sait que leur valeur plonge à une vitesse phénoménale. En fait, ils vendent des hypothèques. Ils bazardent l'actif de la société pour la sauver, récupérant
ainsi le fric des clients qui croient faire une bonne affaire mais qui à la fin de la journée seront ruinés. Ah ça y est, je comprends un peu. Ils vendent des hypothèques à trente ans qui perdent
25 % de leur valeur en un mois.


Tiens voici un article du Monde qui explique bien le film.


"Margin
Call" : en pleine débâcle financière, Wall Street à visage humain, trop humain


Cela commence par une erreur bénigne. En 2008, à Wall Street, au siège d'une grande banque
d'investissement, un employé est confondu avec un autre par le service des ressources humaines. La méprise est vite réparée et le licenciement de l'analyste financier Eric Dale peut s'effectuer dans les formes, c'est-à-dire manu militari. Bureau vidé à la hâte, travaux en cours laissés tels quels, c'est à peine si Dale a le temps, avant de quitter le navire, de glisser une clé USB à l'un de ses collègues, Peter Sullivan, et de lui murmurer cette mise en garde : "Fais attention."


A la nuit tombée, Sullivan déchiffre les savants calculs que renfermait la clé. Sa découverte fait l'effet d'une bombe : les risques courus par l'entreprise ont été gravement sous-estimés, la
faillite menace. Malgré l'heure tardive et à mesure que le monde se dérobe sous leurs pieds, chaque échelon de la hiérarchie alerte son supérieur, jusqu'au PDG qui débarque en hélicoptère sur le
toit du gratte-ciel.


Seul Dale manque à l'appel, et pour cause : sitôt licencié, son téléphone professionnel a été désactivé. Tandis qu'une poignée de juniors partent à sa recherche dans la nuit new-yorkaise, les
dirigeants réunis en assemblée extraordinaire décident de la marche à suivre
pour sauver ce qui peut encore l'être : vendre les actifs toxiques dès l'ouverture de Wall Street, au matin, et provoquer sciemment, ce faisant, une crise financière sans précédent.


Du haut de la Babel contemporaine qu'est Manhattan, il y a quelque chose de vertigineux à assister à ces dysfonctionnements gigognes, du plus insignifiant au plus systémique. Des bugs en cascade qui convoquent comme une évidence le souvenir de Stanley Kubrick, grand cinéaste du dérèglement. Devant le cynisme du PDG, ordonnateur de
cette boucherie capitalistique, difficile de ne pas penser aux généraux des
Sentiers de la gloire, prompts à sacrifier leurs hommes sur l'autel
des ambitions personnelles. Face au spectacle de ces traders harangués par leur manager, qui les envoie vendre des actifs comme on envoie au casse-pipe, l'on songe aux soldats de Full Metal Jacket, dressés pour tuer - quitte à retourner l'arme contre leur propre camp.


Mais, hormis le vacarme des hélicos ressassant les grandes heures du Vietnam, le
massacre se joue ici en sourdine et à huis clos. Gardant son sang-froid, l'équipage en perdition fait résonner le silence glacial de 2001, l'odyssée de l'espace, où, déjà, une machinerie
informatique se rebellait froidement contre ses utilisateurs médusés. Derrière les vitres et les écrans, une odeur de mort - fût-ce celle du chien moribond d'un employé - traverse cette nocturne
dans un New York cauchemardesque ; s'il n'était déjà pris, Eyes Wide Shut eût été un titre idoine, tant les sentiments de familiarité et d'irréalité, ici, cohabitent.


A l'instar de la plupart des réalisateurs américains se réclamant aujourd'hui de Kubrick - de David Fincher à Christopher
Nolan -, J. C. Chandor a fait ses armes dans la publicité avant de réaliser Margin
Call, son premier long-métrage. Sa mise en scène en a gardé une efficacité sobre et rythmée, dont l'impersonnalité cadre parfaitement avec cette apocalypse en open space et en
costard, où tout est question de marge - de manoeuvre, d'erreur ou de réussite.


Comme Kubrick là encore, Chandor a fait de l'écart entre l'abstrait et le sensible l'arc de son film : les soubresauts
boursiers sont ramenés à leur incidence sur l'économie "réelle", le salaire stratosphérique du trader est rattaché à des postes de dépense triviaux - "76 520 dollars par an rien que pour
l'alcool et les escort girls", révèle l'un d'entre eux, cousin de débauche du
financier portraituré par Steve McQueen dans Shame.


Or, là où McQueen chargeait sa barque sur un mode univoque et obsessif, Chandor veille, avec une minutie constante, à équilibrer le propos. Pour écrire Margin Call, il s'est inspiré de
la faillite de Lehman Brothers de 2008, à laquelle il multiplie les clins d'oeil, mais
aussi des témoignages de son père, qui a travaillé quarante ans chez Merrill Lynch.


Il y a six ans, Chandor a vu un projet de film qu'il préparait depuis des années s'effondrer au dernier moment, et l'on sent qu'une part de Margin Call vise à exorciser ce traumatisme. Sous cet angle, les baies vitrées du building semblent figurer le miroir aux alouettes hollywoodien, dont différentes générations émaillent le casting, des
prometteurs Penn Badgley ou Zachary Quinto aux briscards Kevin Spacey, Jeremy Irons ou Demi
Moore.


Dans un monologue d'une belle intensité, Dale se souvient du temps où, ingénieur, il bâtissait des ponts, utiles pour la communauté et construits à la sueur des fronts ouvriers, loin des châteaux
de sable de Wall Street. A l'entendre ainsi méditer sur les errements du
raisonnement financier, le livre le plus récent d'André Orléan, L'Empire de la valeur (Seuil, 2011), vient à l'esprit.


L'économiste y montre que la valeur d'un bien ou d'un service ne dépend ni de son utilité, ni du travail qu'a nécessité sa confection, contrairement aux théories jusqu'ici en vigueur. "La
valeur est une puissance qui a pour origine le groupe social, par le biais de la mise en commun des passions et des pensées",
écrit-il. Tout le talent de J. C. Chandor consiste à mettre au jour ces
passions et ces pensées - interactions terriblement humaines et, partant, faillibles.