Maison d'éditions, machines à fric.... ou laissez tomber Drucker !

Publié le 30 Janvier 2011

Bonjour et bon dimanche à tous...

 

Ce matin, j'ai lu une phrase de François Chalais : Avant il fallait écrire pour devenir célèbre, maintenant, il faut être célèbre pour écrire !

Ce qui se passe en ce moment dans les salons de la biographie ne fait que confirmer les propose de François Chalais. Ce n'est pas un scoop, certes. Cela ne va pas non plus en s'arrangeant.

En ce moment donc, le très célèbre Michel Drucker fait dédicacer le bouquin qu'il n'a pas écrit mais dont il est l'auteur. Les actionnaires des Maisons d'édition savent qu'un type connu fera toujours vendre assez pour ne pas perdre d'argent. On voit donc fleurir des bouquins mal écrits qui ne racontent strictement rien, écrits en plus en gros caractère, pour faire lourd, et qui de surcroît sont achetés par des gens qui ne doivent pas savoir lire ! Parce qu'à part de rares exceptions, se farcir ce genre de bouquin, et ben, il faut être bourré ou aveugle ! Parce que même les nègres sont nuls, et ils écrivent tous pareils. Pas de style, pas de cachet, pas d'imagination, juste une succession de clichés...

Bref. Alors pendant que Drucker canalise une foule énorme de gens venus le voir en vrai, des auteurs en vrai, qui ont ramé pendant trois ans pour peaufiner leur bouquin qu'ils osent à peine montrer tellement ils ont peur qu'il ne soit pas parfait, passent totalement inaperçus. Et encore, ceux-là peuvent être contents d'avoir eu la chance de trouver un éditeur qui a bien voulu se mouiller pour lui envoyer quelques miettes. C'est gerbant.

Après ça, on va nous bassiner avec l'HADOPI ! Mais qui pillent les droits d'auteurs en réalité ? Les actionnaires des maisons d'édition, des maisons de disques, des maisons de production cinématographique. Pire, ils tuent le talent délibérément. Car ces gens, loin d'être des mécènes, ont tout au contraire choisi l'Art pour gonfler leur portefeuille d'actions et ils veulent que ça rapporte GRAS !

Là aussi, nous avons le pouvoir d'inverser la tendance. Quand nous allons dans un de ces salons, plutôt que nous masser dans la foule des érudits de la télévision, essayons d'aller vers celui ou celle qui attend, en se tenant le menton, qui essaie d'avoir l'air très occupé en relisant son nouveau manuscrit, mais qui crève de la solitude des anonymes qui ont tant à dire mais aucune oreille pour les écouter. Voilà. Merci.

 

Et pour cela, n'hésitez pas à consulter les sites d'édition sur Internet. Car dans l'édition aussi, L'Internet peut être la solution. Comme c'est le cas pour les chanteurs, acteurs, réalisateurs etc... Internet est devenu le grand mécène mondial au service de l'Art. Sans Art, pas d'histoire, je vous le rappelle.... Bon dimanche à tous. Et si vous ne savez pas quoi faire le dimanche quand il pleut un peu, et bien n'hésitez pas à pousser la porte d'un salon de l'autobiographie...

Rédigé par plume de cib

Publié dans #CULTURE

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sylvie 04/02/2011 23:09



Le pire est encore à venir : mémoires de Carla B, femme de S… et pour ajouter à ton trsdè légitime coup de gueule, nos chers politiques qui ont tous, eux aussi, un talent d'écrivain… étonnant,
non ?



plume de cib 05/02/2011 09:49



effectivement, les politiques deviennent tous de talentueux écrivains. La grande supercherie chez eux, c'est de vendre le discours qu'ils font dans les meetings dans des livres. c'est tout bénef.
Le mec qui écrit les discours ne doit d'ailleurs pas toucher un rond en royalties.  et toute cette bande de loufes crient au scandale sur le téléchargement. Bref.



naradamuni/Sans, ni+, ni- 30/01/2011 11:50



Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu'importe! Aujourd'hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une
fois le voyage à Salzbourg! L'art est anonyme et n'aspire qu'à se dépouiller de ses contacts charnels. L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie. Les tables des matières ne s'embarrassent jamais
de fiches signalétiques... On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique, qu'il fallut
quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit
qu'anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide,
ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées
secrètes.

Nous vivons une époque épique qui a commencé avec la machine à vapeur et qui se termine par la désintégration de l'atome. L'énergie enfermée dans la formule relativiste nous donnera demain la
salle de bains portative et une monnaie à piles qui reléguera l'or dans la mémoire des westerns... La poésie devra-t-elle s'alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l'âme humaine et son
désarroi dans un herbier?
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un paté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le
savon à barbe. Le progrès, c'est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui
donc inventera le désespoir?
Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui. L'artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il
n'y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s'appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique
ou populaire, il n'y a pas de milieu, il n'y a que des variantes. Dès qu'une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d'anarchiste.

Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n'es pas un système, un parti, une référence, mais un état d'âme. Tu es la seule invention de l'homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es
l'avoine du poète.
A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes! La violence est l'apanage du muscle, les oiseaux dans
leurs cris de détresse empruntent à la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. A l'école de la poésie,
on n'apprend pas: on se bat.
Place à la poésie, hommes traqués! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cassées à son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d'eau, un sourire, ouvrez les
portes sur ce no man's land où les chiens n'ont plus de muselière, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires.
N'oubliez jamais que le rire n'est pas le propre de l'homme, mais qu'il est le propre de la Société. L'homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres.
Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du désespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes frères un manifeste de l'espoir.


Léo Ferré - Préface de "Poète... vos papiers!", 1956.



plume de cib 30/01/2011 12:58



merci....


j'ai rencontré Léo Ferré... une fois. C'était au Théâtre de la Mer à Sête. je faisais alors partie de l'équipe d'Higelin. Nous avons asssité à un spectacle surréaliste. L'homme aux cheveux blancs
en bataille seul devant son piano à queue noir et derrière, sur tous les fronts, la mer... il faisait nuit bien sûr mais la mer avait saisi la lune pour éclairer sa crète, et soufflait sur nous
une brise tiède.


Nous sommes ensuite allés en coulisse. L'homme était assis, un peu diminué, mais toujours autour de lui soufflait le vent de l'anarchie. Je crois que je ne me suis pas rendue compte que j'avais
en face de moi, l'un des plus grands poètes de tous les temps... nous avons passé du temps  avec lui, nous avons dîné, nous nous sommes perdus un peu, beaucoup, dans notre désir fou de
refaire le Monde. Je voyais Ferré comme un Gavroche... J'étais abasourdie... Je n'ai pas assez profité de ce moment....