M. Sarkozy, une sorte de Caligula au petit pied....

Publié le 14 Novembre 2011

 

C'est un homme de droite qui le dit.... hi hi hi/ Très instructif cet entretien

ENTRETIEN M. Bilger :

 

" M. Sarkozy est devenu une sorte de Caligula au petit pied " " Trop freelance ", selon ses propres mots, le brillant et médiatique avocat général a
quitté la magistrature




Philippe Bilger va prendre la tête d'un Institut de la parole.
STÉPHANE LAVOUÉ/PASCO POUR " LE MONDE "
Philippe Bilger est parti. L'avocat général, l'homme qui portait la parole et la foudre du ministère public en cour d'assises, était probablement l'un des meilleurs de sa génération et il en avait conscience, c'est là son moindre défaut. Il a quitté la magistrature le 3 octobre, neuf mois avant la date officielle de sa retraite, pour rejoindre un cabinet d'avocats où il ne sera pas avocat. Philippe Bilger devient président d'un Institut de la parole, qui entend former à la prise de parole publique, au sein du cabinet D'Alverny Demont & Associés, à Paris.
M. Bilger, auteur d'une dizaine de livres et d'un blog fameux (" Justice au singulier "), se sentait à l'étroit dans la magistrature. L'homme est séduisant et agaçant, avec son cheveu sur la langue et une dent contre X, il s'est parfois trompé mais a la plus belle des qualités pour un magistrat : c'est un homme libre.


Après quarante ans de bons et loyaux services judiciaires, vous quittez la magistrature plus tôt que prévu ?

J'arrive dans un cabinet où je suis espéré, où je n'ai pas à démontrer à chaque seconde ma nécessité, à justifier ma légitimité, ce que j'ai vécu intensément dans le judiciaire. On ne me confiait un dossier aux assises qu'après avoir essayé tous les avocats généraux ; j'ai compris que je n'avais plus aucune chance d'avoir une affaire sensible.
Je ne suis même pas persuadé qu'il y ait eu réellement une décision. C'est un peu consubstantiel à ce que je suis. On s'est dit : " C'est un type libre, imprévisible,
dangereux pour le pouvoir, au sens judiciaire, on ne sait jamais ce qu'il pourrait dire, il ne considère pas que l'audience c'est d'aller rendre compte quatre fois par jour en faisant de la course à pied auprès du service central. " J'ai une espèce de répugnance à rendre compte, je suis trop free-lance, simplement je refuse qu'on m'impose les chemins par lesquels je dois passer.
Mais je n'ai pas l'ombre d'une amertume. J'ai pu substituer, sans aucune vanité, une magistrature intellectuelle à une forme de magistrature judiciaire, lorsque j'ai su qu'il ne fallait pas que je perde mon temps à espérer un poste judiciaire de nature politique. Je quitte la magistrature enthousiaste. Ce que j'aime passionnément dans le judiciaire, je vais ici le ressentir profondément.


Pourquoi cette mise à l'écart ?

De nouveau je vais avoir droit au même reproche de narcissisme, qui me tape prodigieusement sur les nerfs. Je crois que c'est l'être Bilger qui déplaît profondément. Il y a une forme de tempérament, de personnalité, d'être, avec peut-être trop d'intensité, trop de passion - la passion est une faute de goût dans notre univers - une volonté de convaincre, trop de désinvolture par rapport aux autorités, un ensemble qui renvoie certainement aussi chez moi à des défauts.


Et une trop grande vanité ?

Un orgueil du métier, certainement, il y a une certaine manière d'assumer l'orgueil de son métier qui est tellement intensément vécu que, en effet, des médiocres peuvent trouver qu'on est vaniteux. Mais la vanité, c'est le contraire. Je suis en réalité un être infiniment timide, qui a trouvé ce champ de pouvoir pour tenter de faire valoir intellectuellement ce qu'il est. J'ai eu la chance de pouvoir surmonter une certaine fragilité, un sens social très relatif, dans un métier d'autorité et de dialogue qui m'a beaucoup aidé. Le vaniteux croit qu'il est nécessaire à l'institution, je crois profondément que l'institution m'a été utile.


Vous êtes-vous beaucoup trompé ?

J'ai essayé d'être le plus honnête possible. J'ai commis des erreurs sûrement, j'espère n'avoir pas mis la main ni l'esprit dans une véritable erreur judiciaire. Je n'ai pas toujours été à la hauteur de cette philosophie qui veut que lorsqu'une accusation judiciaire s'effondre, il faille la laisser s'effondrer : parfois je la retenais, je l'admets. Mais je suis resté fidèle à ce serment intime, je suis toujours arrivé à la cour d'assises avec cette qualité fondamentale qu'est la curiosité, en mettant entre parenthèses le dossier et la procédure.
Je reproche à beaucoup d'avocats généraux de faire l'impasse sur l'audience. Ils ont préparé leur discours, ils vont tout à coup se lever et demander vingt ans et on ne sait pas pourquoi. Par rapport à l'ensemble des discours, préparés, calibrés, forcément conventionnels, j'arrive comme une sorte de bulldozer d'authenticité, et cela crée un choc. J'y ai vu la possibilité de mettre en oeuvre toutes les vertus auxquels je crois, conviction, sincérité, authenticité, parfois maladresse, brutalité, pas assez de retenue, pas assez de fausse modestie, pas assez de componction, toute cette attitude judiciaire collective que je déteste, qui se trouve si bien dans les cocktails, les salamalecs, les hypocrisies.


Vous méprisez les magistrats ?

Il y a deux-trois magistrats que j'estime, tout de même, j'ai des amis. Il y en a que j'admire, Renaud Van Ruymbeke est un type pour qui je me jetterais dans le feu judiciaire. Et il y en a d'autres dont je ne raffole pas, c'est clair, mais que je ne méprise pas. Ce que je leur reproche, c'est peut-être de ne jamais se demander si on ne pourrait pas tenter d'être à la hauteur de notre très beau métier. Moi je suis défaillant, sans doute discutable, mais au moins je me pose en permanence la question de savoir comment atteindre ces vertus.
Mais j'ai sous-estimé le poids de l'emprise politique, et peut-être pas assez réfléchi à l'exigence de l'indépendance du parquet, parce que trop longtemps j'ai cru que les tempéraments étaient plus forts que les structures. Evidemment, un certain pouvoir aura toujours besoin d'une certaine magistrature, et c'est désespérant. Je ne suis pas assez naïf pour penser que demain, si la gauche était élue, elle se priverait de ce bras inespéré qu'est un parquet complaisant dans la gestion des affaires.


Vous étiez un chaud partisan de Nicolas Sarkozy ?

J'ai été naïf, je l'admets. J'ai été indigné précisément parce que j'avais été un partisan enthousiaste du candidat Sarkozy. J'y ai tellement cru que je pensais en effet qu'on aurait une rupture positive sur le plan de la République irréprochable. Je n'avais qu'une inquiétude, est-ce que cet être d'action ne deviendra pas d'agitation, est-ce que, formidable candidat, il sera capable de la distance, de la majesté, de la retenue, de l'équilibre des pouvoirs qui sont nécessaires à un grand président ? J'ai répondu positivement, je me suis totalement trompé.
Il y a des avancées et d'énormes faiblesses, mais le personnage, cette inaptitude qu'il a à être président, l'accable. Sa personne cache son bilan. Le tournant, c'est dérisoire, est venu lorsqu'il a traité les magistrats de la Cour de cassation de petits pois, et ceux-ci n'ont pas réagi. C'était la première seconde de l'humiliation qu'on a continué à subir : le garant de l'unité et de l'indépendance de la magistrature ne cessait, à cause d'une subjectivité forcenée, de mépriser un corps, dont je comprends pourquoi il ne l'aime pas, mais qu'en réalité il devait protéger. Sur le plan de l'Etat de droit, il est devenu une sorte de Caligula au petit pied.


Vous êtes de droite ?

Il y en a assez de penser que pour être indigné par les transgressions de la morale publique, il faut être forcément de gauche. Je me bats pour faire accepter l'idée que, au sein du clan globalement sarkozyste, il y a une masse de citoyens qui sont scandalisés et indignés par ce qui m'indigne.
Si je suis de droite, après tout, pourquoi pas, mais d'une sorte singulière, parce que je n'ai jamais aimé la qualité dominante à droite, qui est la dérision, et j'ai toujours apprécié bizarrement la gravité de gauche, qui va parfois jusqu'à l'ennui. Le socle du candidat était constitué par des exigences auxquelles je croyais, que la droite ne soit plus la plus bête du monde, que le mérite ait du sens, que l'argent légitimement gagné soit respecté, que l'Etat de droit soit récupéré par un humanisme vigoureux, pas forcément étiqueté socialiste. Sur tous ces signaux fondamentaux, on a abouti à l'inverse, les thèmes légitimes du candidat ont été retournés par la pratique présidentielle.
J'ai toujours eu une grande passion politique. Mais je refuse les bienfaits d'une pensée systématique. Je ne veux pas, si peu que ce soit, me laisser ligoter par un concept, une opinion, une pensée qui m'imposerait, même avec mon consentement, sa lumière préétablie. J'ai presque le sentiment d'un enfermement dès que je sens qu'on veut chercher chez moi une cohérence factice, alors que j'aime passionnément la liberté d'expression. Evidemment, de l'extérieur, vous imaginez quelle impression ça peut donner.
Propos recueillis par Franck Johannès
© Le Monde

Rédigé par plume de cib

Publié dans #Les aventures du clown blanc

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