La vie facile de l’intermittent : Il est temps de (se) faire le point.

Publié le 30 Octobre 2012

 

Réponse de JacqueEmmanuel Astor au Magazine LE POINT

 

La vie facile de l’intermittent : Il est temps de (se) faire le point.

 

 Ce matin, comme tout bon intermittent gâté pourri qui se respecte, je me suis levé tard, je me suis fait un café et, conscient de ma vie facile, j’ai décidé de me la couler douce en glandant sur facebook.

Et là, oh surprise, je tombe sur le titre de votre journal. Nous sommes dimanche, on vient de passer à l’heure d’hiver, il pleut, ça sent la journée « Drucker » à plein nez alors oui, c’est bon de rire parfois.

 

Alors comme ça, pendant que la France trime et croule sous les impôts, l’intermittent du spectacle lui, se la joue tranquille et se la coule douce ? Si vous le dites, c’est que cela est sûrement vrai, je ne doute pas de vos qualités d’investigation à l’heure où vous avez ébauché cette couverture. Vous êtes journaliste, un métier noble, respecté, intègre, sans régime spécial, abattements professionnels intouchables et autres. Vous êtes la France qui travaille, qui informe, qui guide... Vous êtes à des milliers de kilomètres de la réalité du monde qui vous entoure et que vous ne croisez plus depuis longtemps dans les salons de vos rédactions.

 

Je suis intermittent du spectacle, oui, mais ce n’est pas mon métier, c’est un statut. Mon métier ? Technicien du cinéma, plus précisément assistant réalisateur chargé de la figuration. Je fais, je travaille dans le cinéma, cette activité qui occupe encore quelques pages dans votre hebdomadaire et dont certains de vos collègues se targuent de connaître, de comprendre et de juger en pages culture. Je suis en charge de recruter les figurants, les acteurs de compléments, ceux qu’on ne voit pas, ceux qu’on ne connaît pas, ceux qui viennent pour une journée de tournage, parfois deux, salariés en cdd pour des salaires qui ne dépassent pas vos notes de frais. Ceux sans qui une séquence de foule n’existerait pas, ceux sans qui la vie et l’ambiance du film serait bien démunies en leur absence. Ce sont donc des « acteurs de compléments », des hommes, des femmes anonymes qui cumulent 43 cachets en 10 mois et demi pour vivre de leur métier, à raison d’une brève apparition par film en attendant un rôle, une pièce de théâtre où ils ne seront pas rémunérés durant les mois de répétitions précédant les représentations. Ca n’a rien de pathétique, rien de glorieux, c’est leur métier avant d’être un statut.

 

J’emploie en moyenne 300 personnes par film, je reçois en moyenne 2000 candidatures. Je crée des foules, des « chorégraphies » de passants qui passent, je place, habille des gens comme un enfant déballe sa boite de playmobils. Avec envie, avec plaisir. Souvent je trouve le figurant idoine, parfois je sauve juste le statut d’un comédien en manque de travail. Ca n’a rien de confortable, rien de pathétique, rien de glorieux. Le seul point commun qui nous anime eux et moi est l’envie de faire le métier, ce métier, toujours, tout le temps, le plus souvent possible.

Je ne connais pas d’assistant réalisateur, d’assistant caméra, d’ingénieur du son ou autres professionnels de la profession, qui ont choisi ce métier par confort du statut, je ne connais que des techniciens, artistes qui, tout jeune, ont choisi par passion ce mode de vie, sans connaître pour la plupart, les tenants et les aboutissants des calculs unedics à leur encontre. Non messieurs, mesdames les journalistes, au même titre que le journalisme, on n’entre pas dans ce métier par hasard, par intérêt, on y entre uniquement par envie, par passion, quitte à tirer un trait sur une vie classique, facile, rangée, confortable. Mais on l’assume, on ne revendique rien, on ne se plaint pas, on aspire juste à un peu plus d’objectivité de votre part.

 

Oui, nous bénéficions d’un statut spécifique qui peut choquer en ces temps de crise, mais ce n’est pas nouveau, c’est le prix à payer pour qu’un semblant de culture subsiste aujourd’hui. Connaissez vous un autre moyen pour qu’une exception culturelle survive aujourd’hui ? Pour que certains réalisateurs, metteurs en scène continuent de créer des films, des spectacles, dans cet océan de médiocrité culturelle qui nous submerge aujourd’hui ?

De tout temps, la culture a eu besoin des élites et des états pour vivre. Le ménestrel mangeait grâce à la générosité du seigneur du château, qu’en serait il aujourd’hui des pièces de Molière sans l’aide de Louis XIV ? Un Michael Haneke existerait-il aujourd’hui sans subventions et sans des techniciens confirmés ?

Alors vous pouvez titrer sur les gabegies de l’état, sur les facilités des intermittents, oui vous pouvez, vous avez la chance de pouvoir profiter d’une liberté d’expression que vous ne cessez de revendiquer au même titre que nous pouvons revendiquer une aide à la création pour que cette dite création continue d’exister chaque jour que Dieu fait.

Au lieu de tirer sur des cibles faciles, d’aborder des sujets qui divisent les gens au lieu de les amener à se rencontrer, à se comprendre, posons nous ensemble la question que personne n’ose aborder aujourd’hui :

 

« Qu’est ce que la culture aujourd’hui ? Quelle est sa place dans notre société ? L’importance que nous lui accordons et le soutien que nous lui apportons ? »

 

Offusquez vous des facilités accordées à moins de 100 000 artistes et techniciens en France à condition de soulever cette hérésie, cette supercherie de notre société moderne qui se plaint de l’augmentation de l’essence, mais qui patiente en foule des heures durant devant des magasins, pour posséder des smart phone à plus de 600 euros ou le dernier jeu vidéo à la futilité indispensable. Qui crache sur des artistes intermittents mais qui s’extasie devant une miss météo ou une bimbo de bas étage enfermée dans un loft en prime time. Aujourd’hui un film de cinéma est vu par 100 000 spectateurs, soit 100 foins moins qu’une vidéo sur Youtube, d’un mannequin qui flatule dans un jacuzzi.

Oui, la culture mérite le soutien de la société, mais à vous lire et à voir ce qui nous entoure, la société mérite-t-elle encore qu’on la cultive et en a-t-elle encore envie?

Ce matin, comme tout bon intermittent qui se respecte, je me suis levé tard… Pour la première fois depuis deux mois. Je viens de finir un tournage auquel je suis heureux et fier d’avoir participé, un film avec peu de subvention où chacun a fait l’effort financier pour que ce film existe.

Je me suis fait un café et je suis tombé sur la première page de votre journal. Je suis déçu de voir que des hommes de lettres et d’écrit puissent tirer à boulets rouges sur une catégorie qui pourtant au départ, n’est pas loin de leur ressembler. J’ai lu votre couverture… Je lirais l’article au hasard d’une salle d’attente de médecin ou dans le hall de la CAF et du Pole emploi. Là où finissent fatalement vos œuvres.

 

Demain matin, lundi, je vais tenter de joindre mon pôle emploi pour renouveler mon statut. L’hiver approche ainsi que ma taxe d’habitation, je ne bénéficie pas d’allocation de rentrée scolaire pour mon fils et je compte bien lui apprendre à lire, à discerner l’écrit, les lettres, de la diatribe poujadiste. Plus tard, il aura un vrai métier à l’avenir assuré : Journaliste au Point ou footballeur, qu’en pensez vous ?

 

L’intermittent est plus fourmi que cigale par les temps qui courent.

 

Jacques-Emmanuel Astor

Rédigé par plume de cib

Publié dans #SPECTACLE VIVANT

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brebis galleuse blogspot 21/11/2012 18:01


Merci...ah, ah, ah ! et comme le monde est petit ! Je connais fort bien Michelle Agsen !!!

plume de cib 21/11/2012 19:26



naaaannn, c'est pas vrai ????



La Brebis Galleuse Blogspot 20/11/2012 11:40


je découvre ce blog, et vais le   mttre en lien !


Cela dit, des intermittents, je n'en ai rien à foutre.!


JK'ai quitté ce milieu missérable où seuls les yopupins sont mis en lumière.


Que chacun  se démerde  !


Tu connais Frankie Pain  ? Je l'ai fort bien connue et elle me doit quelques pépettes, maus que veux-tu mes commentaires sur la juiverie lui ont déplu...

plume de cib 20/11/2012 11:44



Hé hé ! J'ai quitté aussi ce milieu ma belle  brebis galleuse ! Bien contente de te lire ! je ne connais pas Frankie pain personnellement, non ! Bienvenue alors !



Roland 05/11/2012 20:35


comme dit ici Lean-Luc Pujo "ce qui fait l'homme dans l'humanité n'a pas de prix", écoutez ce militant politique grand connaisseur de Paul Valéry, Montherlant et Saint-Exupéry,


Discours de jean-luc PUJO - Manifestation du 29... 


Il a participé au meeting du 3 novembre sur "un nouveau CNR est-il souhaitable ?" à Aix en Provence. J'aimerais bien savoir ce qu'il y a dit, peut-être aurons-nous les vidéos.

Roland 30/10/2012 13:38


Et maintenant il y en a qui (logiquement, c'est en droite ligne) appellent à instaurer une dictature aux mains d' "experts" issus du monde de l'entreprise privée !


http://www.zinfos974.com/blogquiderange/SCOOP-LE-MUR-DU-SON-DE-LA-POLITIQUE-FELIX-BAUMGARTNER-SE-DECLARE-PARTISAN-D-UNE-DICTATURE-MODEREE_a123.html


Où on voit que l'évolution actuelle est un remake, plus habile, plus sophistiqué, et plus sournois, de la vague fasciste des années 20 et 30. D'où la nécessité d'un nouveau "Conseil National de
la Résistance"

plume de cib 30/10/2012 13:40



ils essaient, ils essaient... vont-ils nous faire plier ? Nan.... manifestation européenne le 14 Novembre !



Jean-Pierre 30/10/2012 11:03


Bonjour


 


La crise aidant, s’est toute une vision d’une société qui est entrain de
s’effondrer par une volonté pour moi politique. Que ce soit sur ce sujet, la recherche, les soins, l’éducation, ect…soit on pervertie ou on détourne leurs objectifs soit on essaye de les faire
mourir.


Il est clair que l’homme ou simplement la vie est devenue marchande dans
se bas monde, son caractère sacré et souverain n’est absolument pas reconnue et surtout piétiné.


 


Pour en revenir au sujet, je sais qu’il y a des artistes qui sont
parfaitement et hautement rémunérés par leur travail et qui touche quand même les indemnités du statut de l’intermittent du spectacle, et ça ne leur pose pas de problème de conscience. Je relève
cette ‘’anecdote’’ tout simplement pour dire que tant que l’on fonctionnera avec un tel esprit, quoique l’on fasse ou propose, on ira toujours dans le mur.


 


Mais ce qui est plus grave encore finalement s’est que notre société ne
se nourrie plus de culture mais uniquement de gadget qui en pousse un autre, etc…..ce qui arrange bien le pouvoir en passant.


 


Belle journée à vous  

plume de cib 30/10/2012 11:25



Hello Jean-Pierre ! Belle journée à toi. Entre parenthèses, j'ai bien eu ton lien pour la vidéo. Je t'en remercie beaucoup.


Le problème est que tout est devenu marchandise, y compris l'art, la création, le bonheur, les enfants, tout, tout, tout ! C'est la fin. On est arrivés au bout du système. Malheureusement, il va
mourir lentement et chaque jour qu'il nous reste à vivre, nous allons assister à ce délitement.... Fracassant ! Bisous à toi et bonne journée