La phrase du président qui ma tuer !

Publié le 23 Juin 2009


"Nous devons protéger les plus fragiles". Oh, il y en a eu d'autres bien sûr, le discours de Versailles est truffée de ces phrases toutes faites qui sonnent creux mais donnent quand même une idée du cynisme des gouvernants. La protection du plus faible n'est pas un acte généreux mais une arme du pouvoir.
Evidemment, le président n'avait rien à dire. Il a choisi de s'exprimer à Versailles, espérant peut être que l'habit faisant le moine, on le trouverait convaincant. Ce qui me tourmente ce matin, c'est de constater dans la presse la déception de chacun des représentants du gouvernement ou des partis. Enfin quoi, ils ne connaissent pas encore Sarkozy ? Il faudrait quand même hein ! Depuis tout le temps qu'ils se côtoient ! 
Mais revenons à cette phrase qui tue. Protéger les plus fragiles. Est-ce qu'ils demandent à être protégés ? De qui, de quoi ? De la machine capitaliste programmée pour les broyer , sur laquelle est confortablement assis l'ami Sarkozy ? Ah là, là, la misère n'est pas dans les porte-monnaie mais bien dans le cerveau des cupides sbires des grands manitous qui gèrent le Monde. Une phrase, ça ne mange pas de pain, vous me direz. On explique qu'on va prendre sous son aile les fragiles sans leur dire que c'est pour leur tordre le cou. Comme on promettait une bonne douche à ceux qui allaient être gazés. L'argument n'est pas nouveau, la méthode non plus, il n'y a que la manière qui change. C'est marrant de voir qu'en fait, rien ne change, les objectifs restent les mêmes, aplanir le terrain, avancer toujours plus vite, moissonner encore plus tôt. 
Protéger les plus fragiles en laissant les prix à la consommation grimper ainsi que les loyers, les charges, l'énergie et fermer le robinet des ressources, c'est effectivement le meilleur moyen de se débarrasser d'une partie de la population. C'est aussi le meilleur moyen de déclarer la guerre civile car il se crée heureusement des poches de résistance qui un jour vont éclater. Pour que le capitalisme vieillissant renaisse de ses cendres, il faut qu'il y ait une guerre. La dernière guerre mondiale, sciemment déclarée, l'a boosté mais depuis longtemps, il ne fonctionne plus qu'au ralenti. On a beau lui administrer toutes les ressources grattées dans les fonds de tiroir des pauvres, il ne fait plus que hoqueter. Pour lui ouvrir à nouveau l'horizon, il faut se défaire de la charge d'une population exsangue, traînée comme un boulet.
Les populations dites inutiles doivent disparaître. Dans son commentaire, Anne Wolf fait le parallèle avec la population des indiens d'Amérique. Sous prétexte de les protéger, les néo américains les ont parqués, puis leur ont imposé des règles et des restrictions barbares, tout en les polluant pour qu'ils crèvent. Pourtant, ils y croyaient à la bienveillance de leurs nouveaux voisins et leur élimination ne s'est pas faite en un seul jour mais bien de manière insidieuse... Mais ce fut le cas pour toutes populations devenues gênantes.
Qu'a dit encore Sarkozy ?  Il réaffirme sa volonté de faire régner l'HADOPI sur le Net, continuant à s'appuyer sur des arguments totalement imaginaires. Tiens, dimanche soir, je regardais la Fête de la Musique retransmise par France 2, animée par deux lamentables présentateurs sortis pour l'occasion de leur placard, Mine et Lumbroso. Il y avait une flopée d'artistes venus chanter en play back sur la grande scène de Bagatelle afin de promouvoir leur oeuvre dupliquée sur CD. Or, j'ai bien entendu qu'à chaque  présentation d'un desdits artistes, nos présentateurs balais évoquaient la vente fabuleuse de leur nouvel album ! Des centaines de milliers d'albums vendus, que ce soit des artistes comme Grégoire, fabrication Internet intégrale, ou des vieux de la vieille comme Voulzy. Ils n'ont sans doute jamais autant vendus d'album. Tout ça parce que le Net permet à un maximum de gens de découvrir et d'apprécier la musique. La volonté présidentielle de limiter la culture à une population à faibles revenus prend sa source dans un autre fond que celui de faire plaisir aux artistes. Je vous laisse deviner lequel.
La suppression de la taxe professionnelle est revenue sur le tapis, sans qu'il soit fait mention de la taxe qui va la remplacer. A moins que le Président envisage de supprimer les collectivités locales, jugées sans doute trop à gauche, et de revenir à une France d'avant Napoléon. Mais ce n'est pas en supprimant la taxe professionnelle que les entreprises vont se priver d'aller s'installer là où la main d'oeuvre est moins chère. Je prends pour exemple la quantité impressionnante de cliniques dentaires installées dans les pays de l'Est ou en Espagne et qui proposent des prestations à moitié prix pour un travail au moins aussi efficace qu'en France, si ce n'est plus. La plupart de ces cliniques est tenue par des médecins français et emploie du personnel français et autochtone. Je parlais aussi  des entreprises de transport. Elles peuvent sans problème délocaliser leur siège dans un Pays de l'Est, employer du personnel cinq fois moins cher que le personnel français et garder exactement le même marché. C'est pourquoi vous ne trouvez presque plus que des camions immatriculés à l'étranger roulant sur les routes de France. Tout cela fait partie de la vie que nous ne voyons pas. Tout est changé déjà et les paroles où inquiétudes du président sont dépassées depuis longtemps.
Le grand problème de la France est comme le signale Anne Wolf, l'autisme des français qui il me semble est devenu contagieux, bien plus que la grippe machin. A tous les étages de la hiérarchie, on feint d'ignorer l'évidence mais en Europe aussi. On pratique vigoureusement la politique de l'autruche comme ce fut le cas avant la guerre de 39 40.  Savez-vous que l'armée n'avait même pas de tenue militaire à fournir à ses appelés de 39, que celles-ci étaient tirées d'un paquet de fripes, vous trouviez des costumes de toutes sortes, de toutes couleurs. C'est incroyable, cette inertie,  cette obstination à ignorer la réalité, à attendre le miracle.
Alors on attend toujours qu'un président nous fasse un conte et qu'il soit suffisamment crédible pour que nous passions une bonne nuit. Mais malgré le décor, Sarkozy n'a pas su user d'assez de démagogie. Pourtant, il s'y est employé :
"Le monde d'après-crise sera un monde où le message de la France sera mieux compris".
"La France sera mieux armée pour survivre".
- "Nous partageons tous les mêmes valeurs fondamentales"
- "Le modèle républicain est notre référence à tous"
- "Ce que nos pères ont fait il ne tient qu'à nous de le faire dans notre époque."
- "Le modèle français a de nouveau sa chance". 
"La crise est un formidable révélateur de nos faiblesses"
- "C'est le moment où jamais de nous remettre en cause nous-mêmes".
- "Où en sommes-nous avec le principe d'égalité ?"
 
- Sur la prison : "Nous construirons d'autres prisons, nous construirons des places dans les hôpitaux pour les détenus malades".
 
On peut noter que le président estime que le modèle a de nouveau sa chance et en même temps annonce la continuation de sa casse, avec détermination. Pour cela, il va s'entourer de nouveaux mercenaires endoctrinés.
Enfin, il y a des enseignements à tirer, et vite. Le conservateur Sarkozy prône restrictions et interdictions pour les plus fragiles, annexe leur liberté par des lois et décrets qui passent inaperçus, et continue à favoriser les classes les plus riches. Ce n'est pas un aveu de sa part, il est dans la continuité de son programme élaboré par ceux qui l'ont amené au pouvoir.
Si on continue dans cette direction, on verra de plus en plus de misère et la richesse concentrée sur quelques nantis. C'est le profil du Monde actuel. Mais il y aura un moment où les peuples vont enfin relever la tête, c'est certain. Quand ?
 

Rédigé par plume de cib

Publié dans #CHAMBRE DE REFLEXION

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Anne Wolff 24/06/2009 11:40

Cela me fait un bien fou de lire ton texte. Il sont tellement nombreux à tomber dans le piège, c'est tellement de bonne charité judéo-chrétienne de protéger les plus fragiles et les voilà qui deviennent des enfers pâvés de bonnes intentions pour des gens qui ne leur ont rien demandé le plus souvent. Quand j'entend quelqu'un dire qu'il ou elle veut aider les autres, je suis prise d'un sentiment de méfiance. Je crois à l'entraide, à la solidarité à travers lesquels ont découvre que les plus fragiles ne sont pas ceux qui ont le moins à partager. Au contraire souvent, puisque les personnes fragilisées dans cette société sont celles qui n'ont pas  ni cette mentalité de battant égocentrique qui sert de critére de sélection pour les cadres, ni celle de mouton soumis qui vous confère l'insigne honneur d'être sélectionné pour faire partie du cheptel du capital. Il y a alors des trésors à découvrir, trésors de générosité, trésors de tendresse, trésor d'intelligence, dhumour et de créativité, etc...chez ceux qui par choix ou non, se trouvent exclus du système, forcément...De toute manière, qu'est-ce que cela veut dire fragile. Nous avons tous et toutes nos forces et nos fragilités. Sans doute faut-il entendre les plus fragilisés par une société dont les critères de sélections éliminent ceux qui sont les plus doués d'humanité pour ne conserver que les humanoïdes capables d'assumer les fonctions mécaniques de rouage du système.Je le ressens très fort ces derniers temps, cette espèce de condescendance, souvent inconsciente, que même des résistants potentiels ou avérés ont vis-à-vis de ceux qui sont plus fragilisés qu'eux. Et je l'avoue, selon mon humeur du jour, cela m'énerve ou franchement m'irrite. Ils n'ont rien compris. Je crois que j'essayerai de traduire en mots un de ces quatre ce ressentis émotionnel que j'ai face à toutes les circonstances où je retrouve chez des opposants au système ce mépris qui en est caractéristique des valeurs dominantes, comme une évidence (préjugé) qu'ils n'ont pas pris la peine de mettre en question.Anne

plume de cib 24/06/2009 12:03


Je crois que le grand problème vient du fait qu'on considère des gens "fragiles" parce qu'ils n'ont pas d'argent. En cela le concept est totalement bluffant. Parce qu'on peut finir par s'associer à
quelqu'un de fragile parce qu'on n'a pas d'argent.
Les personnes fragilisées.... par le système qui veut que tu existes que par la valeur argent production de ce que tu représentes. Or, on le voit, un joueur de foot qui gagne 200 000 euros par mois
n'est pas forcément un modèle d'humanisme.
Enfin, tu as raison ceci entraîne cela, et ouvre de nouvelles discussions fort intéressantes. Bonne journée Cib


Fleche 24/06/2009 10:37

Comme il ne doute de rien, il continue son chemin, le même chemin qui va pour les plus démunis de notre société se transformer en chemin de pierres.

plume de cib 24/06/2009 10:41


C'est de la desctruction massive... Une forme de guerre propre en quelque sorte...


mycr 24/06/2009 09:25

C'est un pur discours de façade.  Aucun lien entre les paroles et les actes.  Du vide.

plume de cib 24/06/2009 09:31


Je crois que nous sommes trop idéallistes. Les politiques ne sont pas là pour conjuguer l'idéologie républicaine, ma mycr..... Nous rêvions d'un autre Monde, certes....


fred de roux 23/06/2009 15:43

Bonjour Plume,Ton article est très bien fait : tu décortiques point par point et tu analyses en profondeur. C'est un vrai régal de te lire, c'est si bien écrit. J'aime la manière dont tu critiques chaque mesure, chaque détour du discours pour en retirer les conclusions qui pourraient échapper à l'entendement si l'on était un tant soit peu distrait. Je n'ai pas voulu écouter, sachant par avance que ce serait la ritournelle habituelle. Il n'y avait guère que le décor pour être intéressant. Il faut bien cela poour réhaussre l'image que le roi veut renvoyer de lui-même. Dommage qu'il ne soit pas à la hauteur de ses prétentions (et ce n'est pas qu'une question de taille...) !En attendant, il faut le supporter et comme tu le dis jusqu'à quand ?