"Chez Paul Emploi", le bouchon a sauté

Publié le 19 Juin 2009



Tout d'abord, qui est Paul Emploi ? C'est le nom d'une firme chargée par le gouvernement de faire de la sélection intensive d'individus laissés pour compte par les sociétés créées dans le but de générer de la richesse. Elle doit donc gérer un énorme troupeau de gens, elle leur fait subir divers examens, remplis des fiches, les scindent en groupes qui serviront à nourrir des statistiques, manipulées et servies au gouvernement pour qu'il se fasse mousser.
Le cheptel est en permanence trié, les individus soumis à des conditions extrêmes de déstabilisation, le but étant de se débarrasser d'un maximum de gens. Une partie du cheptel part au rebut pour cause de rupture des conditions nécessaires à l'autorisation d'exister. Cette partie ne perçoit aucune indemnité, elle est donc considérée comme quantité négligeable. En principe, on s'en débarrasse : les uns sont  "poursuivis" jusqu'à ce qu'ils craquent et se remettent d'eux-mêmes entre les mains de la science qui se chargera de les transformer en légumes, les autres, les plus coriaces, seront envoyés au RMI, forme plus répressive de marginalisation et de déstructuration de l'individu.

Le président estimant que l'ancienne ANPE n'était suffisamment efficace pour faire disparaître les "gênants", chercha dans sa tête comment arriver à .... la solution finale. Machiavel lui suggéra une idée alors qu'il se rasait le matin devant sa glace :"Cumule les deux organismes, celui qui paie deviendra celui qui choisit les bénéficiaires de ses largesses. Resserre les budgets, impose des objectifs impossibles. Augmente le rendement du personnel. Suis mon idée mon fils, et tu verras bientôt on sablera le champagne. On aurait vaincu cette terrible maladie qu'est le chômage et obtenu la société modèle de répliquants aux ordres !". Le petit ne se le fit pas dire deux fois. Pourquoi n'y avait-il pas pensé tout seul ? La fusion ANPE ASSEDIC eut lieu dans une certaine confusion, et surtout sans faire de vague. Les syndicats depuis trop longtemps exposés à "l'attractivité" du pouvoir ont perdu l'envie du non. Quand aux citoyens, ne voyant déjà pas d'un très bon oeil ces firmes à la réputation sulfureuse, ils ne prêtèrent guère attention à cette manipulation pourtant dangereuse, voire explosive.
Au sein des deux firmes, on fit le ménage afin d'avoir en place une équipe efficace, débarrassée de tout contestataire ou esprit fatigué par des années de lutte humanitaire, image d'une société parfaitement aseptisée. On ne garda que les mercenaires. Soumis à des conditions de travail dont on élève la difficulté jour après jour, ils ont tenté de tenir la cadence, mettant toutes leurs forces dans la bataille, tuant à tour de bras des chômeurs. Le problème, c'est que depuis quelques mois, la cadence des trains de chômeurs a considérablement augmenté et que, même avec la plus grande volonté du monde, même avec un endoctrinement maximum le mercenaire, comme la plus belle fille du Monde, ne peut donner que ce qu'il a. Machiavel avait donc trompé le petit, ce n'était pas la solution finale. Celle-ci reste donc à trouver. En attendant, le concept infernal continue ses ravages. Les  machinistes de la diabolique machine à broyer du chômeur mouillent la chemise mais n'en peuvent plus. Ils ont tout d'abord eu peur de se retrouver à leur tour dans le parc à bestiaux et beaucoup encore  cravachent pour tenter de répondre à l'attente du gouvernement, puisque seulement 97 agences sur 1500 étaient fermées hier et un machiniste sur 7 avait jeté le bleu de chauffe ! Un sur 7 relève la tête, et comptrend, peut-être, que celui qui est face à lui et qu'il s'apprête à passer à la moulinette, est le reflet de lui-même, avec la même stupeur dans le regard et cette même question ;"Bon Dieu, mais qu'est-ce que je fais là ?"

L'ANPE formait déjà des handicapés à vie, côté personnel comme côté client, mais le pôle emploi, sous couvert d'un statut social, est le niveau supérieur dans cette course à la casse de l'individu dit inutile à la société de consommation. Il est un peu comme les douches qu'on promettait à des prisonniers à une époque où il était déjà question d'épuration humaine.



Comme souvent, vous trouverez dans les commentaires,  une compément d'analyse, une vue sous un autre angle ou sous le même, et des liens sous la signature de Naradamuni que je remercie.

Rédigé par plume de cib

Publié dans #Sciences du quotidien

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Nath 19/06/2009 20:09

Le Pôle Emploi est un oeuf, vous avez le jaune et le blanc et pour faire une omelette il va falloir casser l'oeuf. Pour plus d'informations aller sur http://www.lafusionpourlesnuls.com/ Vous comprendrez tout.

plume de cib 20/06/2009 11:40


oh my god . Merci Nath
Un adresse à visiter souvent... le blog est tenu par deux ex Assedic ANPE !


Naradamuni 19/06/2009 10:15

Comme les nazis mettant le feu au Reichstag pour en accuser leurs ennemis, comme Staline agitant un complot trotskiste menaçant le régime pour pouvoir mieux appliquer ses purges, les zélateurs de l’employabilité instrumentalisent donc une rhétorique paranoïaque au service du maintien de leur domination. Car cette rhétorique relève bien d’une paranoïa de masse, telle que la décrivent Adorno et Horkheimer. Comme ils le démontrent, celle ci repose sur la nécessité pour le paranoïaque de projeter sa culpabilité inavouable sur sa victime : «Les impulsions que le sujet n’admet pas comme siennes, et qui sont pourtant bien à lui, sont attribuées à l’objet : à la victime potentielle.»  Cette antienne typique de la propagande totalitaire va s’appliquer au chômeur qui, de victime, devient un profiteur mettant en danger le système social en le déséquilibrant à son profit par sa non participation à l’effort collectif. Il sera alors sommé de rechercher un emploi qui n’existe pas et de porter sur lui toute la culpabilité de la société pour maintenir le mythe de sa bienveillance. INSIGNIFIANCE ET TRAITEMENT DU CHÔMAGE La réassignation de la responsabilité du chômage, indispensable à la stigmatisation des chômeurs, va s’appuyer sur la création d’une langue appauvrie et manipulée les forçant à appréhender leur situation comme coulant de source. George Orwell, dans son roman «1984», illustre comment une idéologie délirante s’impose en appauvrissant le langage et en le vidant de tout sens. Il y décrit la novlangue, une langue de synthèse censée rendre «littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mot pour l’exprimer.» Or cette novlangue devient réalité : les mots n’ayant plus aucun sens ou imposant une pensée unidimensionnelle se multiplient. Le lexique du développement est, à cet égard, caractéristique : la généralisation d’une expression telle que «pays en voie de développement» induit l’idée que l’histoire a un sens linéaire et que certains sont en avance et d’autres en retard. Qu’on relève ainsi les innombrables oxymorons qui polluent notre lexique, rendant impossible la pensée. Que peut bien signifier le «développement durable», qui associe une notion dynamique (le développement) à une autre statique (la durabilité), nous promettant un «mouvement immobile», si on le prend au mot ? Cornélius Castoriadis l’annonçait : «C’est ça, l’esprit du temps. Tout conspire dans le même sens, pour les mêmes résultats, c’est-à-dire l’insignifiance.» Or, l’insignifiance investit particulièrement le champ lexical du chômage. Ainsi, l’expression de "demandeur d’emploi" caractérise le chômeur, qui en termes économiques constitue pourtant l’offre de travail. L’employeur, terme qui gomme efficacement les rapports de hiérarchie entre le patronat et la main d’œuvre, propose quant à lui des "offres d’emploi", alors que d’un point de vue économique, il représente la demande de travail. La demande devient l’offre, l’offre la demande, et le chômeur, de celui qui offre sa force de travail, devient celui qui sollicite l’exploitation de cette force comme un bienfait. Notons d’ailleurs comme, dans ce contexte, l’idée même d’exploitation paraît saugrenue. À la manière de la novlangue, le lexique de l’emploi euphémise les rapports de domination en nommant le signifié par son contraire. Dans le même ordre d’idées, les indemnités chômage, qui représentent la réparation d’un préjudice subi réparation pour laquelle, rappelons-le, le chômeur a cotisé, deviennent allocation chômage, aide généreusement allouée au chômeur... Les cotisations qui constituent un salaire indirect, salaire redistributif destiné à pallier à l’insécurité générée par le statut salarial, deviennent des charges que le chômeur, par son manque d’investissement dans l’effort collectif, fait égoïstement subir à la société, bien qu’en fait, ce soit lui qui paye la note. L’UNEDIC est même allée jusqu’à tenter de ressusciter le contrat d’esclavage que Rousseau décrivait avec ironie dans Le Contrat Social : «Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira.»  Ainsi les chômeurs qui signaient un P.A.R.E. étaient-ils tenus de respecter leurs engagements dans le cadre de leur Projet d’Action Personnalisé, tandis que l’UNEDIC décidait unilatéralement de ne plus tenir ses engagements et de réduire leur durée d’indemnisation ! Les tribunaux ont jugé illégale cette procédure. De plus, il est exigé du chômeur une véritable mobilisation totale en vue de la recherche d’emploi, qui doit devenir l’unique dimension de son existence. Ainsi, les brochures de l’ANPE vont lui demander de travailler sur son savoir être. L’emploi est censé ne pouvoir être obtenu qu’à la suite d’une réforme de sa personnalité, ce qui n’est pas sans évoquer les pratiques et discours totalitaires, telle l’autocritique dans les goulags chinois. Afin d’éviter d’appréhender le chômage comme un problème politique et collectif, ce qui risquerait de provoquer une prise de conscience, le chômeur est poussé à une introspection autodestructrice. ... La figure du chômeur, une construction imaginaire

Le manuel du chômeur décomplexé

plume de cib 19/06/2009 10:26


Naradamuni, je crois que ce blog se fait à quatre mains ! Merci pour ce complément d'article. Je suis baba....